YOUGOSLAVES (POPULATIONS)


YOUGOSLAVES (POPULATIONS)
YOUGOSLAVES (POPULATIONS)

YOUGOSLAVES POPULATIONS

Il existait dans l’ouest de la péninsule balkanique des «pays-ruches», dont les populations essaimaient régulièrement dans d’autres pays qu’on pourrait qualifier de pays de colonisation. Ces pays-ruches étaient des pays montagneux où la domination ottomane se faisait moins sentir et où les traditions d’autogestion tribale et clanique étaient tolérées par le pouvoir ottoman. Il faudrait donc chercher à ces migrations collectives d’autres causes que l’oppression ottomane et, notamment, des causes économiques. La production, très limitée dans ces montagnes, ne permettait pas de nourrir plus d’individus que l’économie fermée des cellules sociales n’en autorisait. Par ailleurs, la vie saine sur ces montagnes favorisait la longévité et assurait une moindre mortalité infantile. Un trop-plein de population était donc périodiquement contraint au départ.

Les pays-ruches les plus importants de l’Ouest balkanique étaient l’Herzégovine, le Monténégro et la région de Sienitsa. Un courant d’émigrants dinariques se dirigeait vers la Serbie et notamment vers les clairières de la forêt de Shoumadiya et les régions montagneuses de la Serbie orientale. Un autre courant longeait les vallées de la Serbie moravienne et de la Bosnie, franchissait la Save, se déversait en Croatie-Slavonie et surtout en Syrmie. Là, renforcés par des Croates et des Slavons, les Dinariques franchissaient la Drave et se dispersaient dans la Hongrie occidentale, atteignaient même les environs de Vienne et pénétraient jusqu’en Moravie. Les documents historiques mentionnent huit migrations principales de ce genre, de la fin du XIVe à la fin du XVIIIe siècle. Il est évident que les conflits politiques et religieux entre Slaves chrétiens et Slaves musulmans, entre Slaves catholiques et Slaves orthodoxes, entre Slaves chrétiens et Albanais catholiques ou musulmans furent à l’origine de certaines migrations. Mais ces émigrants prenaient toujours les chemins tracés par les émigrants des pays-ruches.

Toutes ces migrations vers le nord peuplèrent le Banat, la Batchka, la Syrmie, la Slovénie, la Hongrie occidentale, le nord de la Hongrie, Budapest, Sant Andréa, Komorn, etc. De la fin du XVe au milieu du XIXe siècle, on désigna ces contrées du nom de Rascie, qui indiquait l’origine de leurs populations. Il faut noter que ces émigrants, d’origine montagnarde, donc aguerris, formèrent le gros de l’armée autrichienne.

Une partie des émigrés du Banat, serbisés par les soins de l’Église serbe de l’émigration, s’exilèrent en 1750-1752, dans le gouvernement de Kherson et d’Ekaterinoslav en Ukraine. Ces régions prirent alors le nom de Serbie nouvelle ou de Slavo-Serbie. Au lendemain de la fondation de l’État serbe (1817), un certain nombre des émigrants de Hongrie allèrent s’installer en Serbie. Mais les pays-ruches continuaient à essaimer et les rapports entre États, devenant plus complexes et conformes à des règles plus précises, ne permettaient plus de migrations collectives. Les départs collectifs périodiques cédèrent alors la place à des départs individuels ininterrompus. Le nombre des petchalbari , émigrants qui revenaient dans leur pays d’origine une fois fortune faite, s’accrut progressivement, même en dehors des pays-ruches. L’introduction des rapports capitalistes, dans toutes les régions à populations d’organisation tribale et clanique, détruisit l’ancien équilibre de distribution communautaire des biens, provoqua l’enrichissement de certains clans, familles ou individus, et l’appauvrissement des autres. Ce mouvement donna naissance à un nouveau courant d’émigration individuelle et familiale qui dépassa amplement les limites dans lesquelles émigrait le trop-plein des pays-ruches. Ce courant débuta avec les habitants de la Macédoine méridionale et de la Macédoine occidentale, vers la fin du XIXe siècle, et alla croissant ensuite. Les communautés serbo-croates créées par ce courant aux Amériques attirent tous les appauvris des campagnes yougoslaves et tous les vaincus des luttes politiques (ainsi les partisans de l’O.R.I.M., organisation macédonienne autonomiste, ou les Oustachi, dont plusieurs milliers vivent aussi dispersés dans les pays d’Europe occidentale, les pays scandinaves et l’Australie).

La Seconde Guerre mondiale accéléra la destruction des cellules sociales traditionnelles dans les campagnes yougoslaves. La coopérative titiste, qui prétendait faire revivre la zadruga traditionnelle, ne réussit pas à arrêter l’exode rural. La Yougoslavie ne ferma pas ses frontières comme la Bulgarie, la Roumanie et l’Albanie. On pourrait même dire que l’État yougoslave canalisa cet exode rural, qui encombrait ses villes, vers l’Europe centrale et occidentale. Une partie de cette main-d’œuvre, la moins spécialisée, va rejoindre les anciens pôles d’attraction de l’émigration transatlantique. Après l’éclatement de la fédération de Yougoslavie (1990-1991) et la situation de guerre qui en a résulté, de nombreux Yougoslaves ont quitté leur pays.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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